Ne fais que parler
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1.
Se sera le début d’un petit rien. Les étoiles seront éteintes de la nuit, pour mieux y voir. Il sera là, grand, droit, ne se doutera pas du futur. Ne verra pas ses blessures. Et il tentera de figer le temps, aucun mot n’arrivera à s’évacuer. Dans sa tête résonneront encore les échos des vitres fracassées, mais ce sera comme rêve. Brume floue. Réminiscences toutes blanches. Il aura mal au crâne, ne comprendra pas et aura l’impression de faire partie du vide qui l’entourera. Se ne sera que le début. Et les ombres, et les tombes; elles reviendront.
Peu à peu, petit feu, il y aura glace, il y aura place.
Jouera-t-il le jeu ? Trouver les bons mots.
2.
Lorsqu’il aura trouvé le sens du vide, il souhaitera de le remplir. Remplir le vide. Il tâtera ce qui lui restera de passé, ses pansements. Il aura des souvenirs, des « je l’ai vécu de nouveau ». Il aura mal. Il voudra y mettre de la tendresse, douceur dans le vide. Et puisqu’il sera seul, il se réconfortera lui-même. Il pleurera, au-delà les apparences. On ne doutera pas une seconde de la glace de son visage, des trous qu’il y aura. Il s’imaginera ce qu’on n’imagine pas, verra ce qu’on ne voit pas. Il haïra ce qu’il aura lui-même choisi. Et pour de petits instants, il sera réconforté par une main qu’il souhaitera ne pas être la sienne.
3.
Commencera alors à peser sur lui le poids de l’absence des autres. On pourra voir son regard se perdre. Il aura à ce moment des mots de silence, d’absence. De manque. Sans voix, il restera muet. Et de l’autre côté, on entendra tout. Il rêvera de son propre passé, mais ne le sachant pas, il croira en cet endroit et ces gens. Tout se passera dans sa tête endolorie. Les émotions qu’il ressentira ne seront que des idées. Il cherchera une voix dans le noir.
Ne trouvera rien.
4.
Ses idées s’enflammeront, il fera toujours plus noir. La douleur; point de fin de phrase. Il souffrira du silence. Il monologuera, l’écho deviendra compagnon dans le noir. Il se souviendra, morceaux de verre fracassé. Et il sera seul. Et il sera seul. Le temps lui glissera d’entre ses doigts. Et nostalgique, il entendra l’orage. Ne se comprenant plus, il baissera la tête. Et il sera seul.
5.
Son sang se glacera lorsqu’il ne sera que faire de ces grands mots qui lui brûleront la langue. Se sera panique. La complexité restera silencieuse, se sera peut-être des balbutiements, et encore. Peut-être rien. Tout stagnera, ses gestes seront éclairs, et se sera encore la peur.
La réalité se mélangera aux souvenirs qui feront quelques manifestations devant ses yeux d’aveugle. Bleus, verts, doux, durs, les regards. Vide, silence, distance, les relations.
Et il se demandera, mais qu’est ce que c’est que ces horreurs.
Et viendront les « Et si… ». Mais non, en fait. Non.
6.
D’une petite pièce s’agrandira, et les murs brisés. Et les poings frappés. Il cachera ce qu’il appellera sa peur. Il voudra être impavide, silencieux. Parfait selon modèle du silence. On lui criera. Il restera sourd d’orgueil. En lui, il rêvera des gestes, laisser son corps s’exprimer. Immobile il restera. Et se cachera de notre vue. Aura honte de se rebeller de la voix, de ne plus écouter le Maître. Il goûtera la liberté quelques instants, mais se sentira prisonnier de lui-même. Privé de ce qu’il aura toujours consommé, il espérera mourir, en silence. On commencera à sentir une évolution, un apprentissage.
Un changement.
7.
« Écoute, je ne voulais pas. Je regrette profondément. Si tu veux, on ira prendre un café. Laisse-moi une chance. »
Les réminiscences deviendront souvenirs démêlés. Il aura, dans sa tête, un ordre qui aura du sens. Il se sentira devenir en paix avec lui-même. Sérénité. Et il verra les choses s’enchaîner. Le vide de l’intérieur se remplira. Il répètera. « Écoute, je ne voulais pas. Je regrette profondément. Si tu veux, on ira prendre un café. Laisse-moi une chance. » Ça n’aura aucun sens, mais il aura dit.
Et la pluie de mots, et il fera fi de son orgueil. Le silence lui aura de nouveau appris à parler. Et les mots viendront, suivis des souvenirs. Tous petits souvenirs, au début.
8.
La chronologie, et les souvenirs dans le temps. Les trop de mots l’épuiseront, et il regrettera d’avoir ces souvenirs là. Il se laissera revivre toutes ces erreurs, et pleurera réalité. Le silence du passé. Il ne voudra plus. Il aura compris, juste au-dessus de l’avenir, que mutisme et distance […] Non. Et il sera prêt à vivre ailleurs, autre chose.
Et au loin, il ne manquera que l’horizon.
9.
[…]Et au loin, il ne manquera que l’horizon.
Alors plutôt que de l’attendre, cet horizon, il le créera. Se sera un nouvel horizon pour lui, et pour tout le monde. Et puisqu’il aura les mots, les bons, il ne fera que parler. Le jeu sera terminé. Il disparaîtra, doucement, vers d’autre horizon.
Dépourvu du reste, il sera devenu puissant par les mots. Et tout aura du sens.
Le monde tournera dans la bonne direction. Et le présent reviendra comme souvenir. Il se souviendra, sans en être tout à fait certain, ce qu’on lui avait demandé.
Ne fais que parler. Fin.

Ce VIDE qui contient TANT.