header image
 

Chronique de délires et stupidités

    Le texte qui suit a été publié dans le journal du cégep St-Jean-Sur-Richelieu. Il visait les gens qui, comme moi, en ont marre du prof de philo. Parce que, selon moi et beaucoup d’autres, en philo, c’est bien le prof qui fait la différence entre une matière intéressante et une matière ennuyante.

Tout est fictif, bien évidemment.

 ***

Chroniques de délires et stupidités

Pourquoi, en philosophie, le ou la professeur(e) s’acharne-t-il a toujours répéter tout ce qu’il dit 2, 3, 4 fois en utilisant chaque fois des mots différents ?

Une fois, j’ai compris. Deux fois, j’ai très bien compris. Trois fois, voilà, je dors. Quatre fois, c’est fini, je suis dans le coma.

J’exagère à peine. Mais sans blague, ça me donne un mal de tête impossible.

Vendredi soir et samedi matin, il m’est arrivé un histoire digne d’un livre humoristique. C’est pourquoi je la partage avec vous dans ma chronique.

J’avais eu un cours de philosophie l’après-midi, justement, et « Eugène » (le nom est fictif pour garder l’anonymat du ou de la professeur(e) en question) s’était, durant les deux périodes, complètement dépassée ! Elle avait répété toute la matière non pas 2 ni 3 fois mais 5 fois ! C’est pour vous dire comment ma migraine, à la sortie du cours, était intense !

Sortant du cours, j’hume le parfum du corridor et ce faisant, je croise un ami. Je lui lance un beau grand « SALUT » auquel il me répond en levant un sourcil et en continuant son chemin. Bon, merde, c’est pas lui que je me dis alors. C’est que, voyez-vous, dans l’école, il y a deux sosies si identiques qu’on n’arrive à les distinguer l’un de l’autre qu’avec une analyse d’ADN. Le gars en question ressemble à Tom Cruise, vous l’avez sans doute déjà croisé ;-) Simplement pour voir comment il réagirait, j’ai déjà pensé lui demander un truc du genre : « Votre mission, si toute fois vous l’acceptez… » Et vous connaissez la suite :)

Les phrases philosophiques encore toutes chaudes dans ma tête, je sors du Cégep et lance, à une fille assisse dans les marches de l’entrée principale : « Tu crois respirer de l’air… »

Je ne la connaissais pas cette fille ! Et cette phrase, tiré de Matrix! C’est quoi le rapport ?! Je me rends compte qu’elle me regarde vraiment de travers. J’ai dû lui faire peur. Je lui hausse les épaules, désolé, ne comprenant pas plus qu’elle ce qui m’a pris. C’est à ce moment là que je commence à croire que quelque chose de bizarre m’arrive. Je finis par en rire quelques centaines de mètres plus loin, parce qu’après tout, ce n’est pas si grave !

Mais tout d’un coup, ce n’est vraiment plus drôle. Et si je devenais… philosophe ? L’idée dans ma tête est impossible, me donne une migraine, me fait saigner du nez.

Je me tache de sang quelques secondes, puis je me change les idées, parce que vraiment, mon nouveau T-shirt blanc, il est foutu.

À ce moment-là, il devait être 16 h . Ce n’était que le début.

Conscient, à ce moment là, d’avoir l’allure d’un gars tout droit sorti de Décadence avec ce sang sur moi, je me rends rapidement à ma superbe Honda bleue, les bras bizarrement croisés sur mon chandail. J’y monte et je file tout bonnement jusqu’à chez moi. Là, je me change, verse une petite larme pour ce chandail qui avait tant de valeur, et sort prendre une marche, me promettant de lui faire un service funéraire à sa valeur dès que je serais de retour.

Dans la rue, je me force à ne pas trop réfléchir, parce que oui, soudainement, je me mets à penser à toute sorte de choses étranges. Après des efforts pour faire taire ces idées et ne plus penser, l’afflux d’idées cesse. Je continue ma marche tout bonnement dans la rue, et j’aperçois le fou du village au loin. Il était du même côté de la rue que moi. Je deviens mal à l’aise. Ça me fait tout le temps ça. J’essaie de me trouver une porte de sortie pour lui échapper : rien. Je me rappelle alors les autres fois où on s’est croisé. Chaque fois il me lançait une phrase bizarre. J’ai fait une moue qui voulait dire « Je n’ai pas envie de le croiser, mais bon, pas le choix ! » et j’ai accéléré le pas.

De loin, j’ai vu Jean le fou se retourner et repérer sa proie. Je me suis senti tout petit, minuscule. Plus j’approchais, plus j’avais chaud. Et quand il s’est mis à marcher vers moi, claudiquant, le regard vitreux, j’ai senti mon estomac se contracter et devenir gros comme un petit poids vert.

Entre temps, juste avant que je croise le fou du village, j’ai saisi quelques bribes d’une conversation de deux personnes qui passaient. Je vous partage ce que j’ai compris, parce que oui, étonnamment, c’est très important dans l’histoire. J’ai compris ceci : « Qu’est ce que la vie ? … Y a-t-il un sens à tout ça ? … Anthropologiquement, je crois que … Philosophie très importante pour arriver à réfléchir par soi-même… »

À ce moment là, j’ai compris. J’ai compris que la philosophie s’emparait de ma vie, qu’elle la contrôlerait, qu’elle la régirait. Vous devez comprendre. Je déteste la philosophie, mais pas parce que je ne comprends rien ! Parce que, justement, elle m’envahit et me fait saigner du nez !

« P’tit cul, écoute ben ça… Tu dois apprendre à penser par toé-même en philosophant. Y’a pas d’autes moyens ! Tu m’trouves fucké hein ? J’suis tellement fucké que j’peux te dire t’étais qui dans d’autes vies ! P’tit cul, t’y échapperas pas ! T’es Platon revenu dans un autre corps ! T’es le philosophe des philosophes ! Tu vas tous nous libérer ! … »

Le vieux fou a eu le temps de dire tout ça avant que je me retourne de bord et que je parte en courant vers chez moi. J’étais sous le choc. Je n’y croyais pas. Ça n’a pas pris deux minutes, j’entrais dans mon terrier, encore en sueur. Je suis vite allé chercher sur Wikipedia une image de Platon pour me comparer. J’ai peur de vous dire que, lui et moi, on se ressemblait pas à peu près ! Le nez, le menton… Pendant quelques instants, je vous jure, j’ai cru le fou du village. Puis j’ai fait « NON ! » et je suis sorti et me suis rendu, au volant de ma Honda bleue, chez la voyante la plus proche de chez moi. Elle, elle me dirait la vérité sur mes origines. J’avais besoin d’être rassuré.

Je suis entré dans l’appartement qui sentait l’encens à pleins nez. Il y avait à peine de lumière, je crois que la vieille voyante voulait cacher ses rides comme le fait McDo dans ses salles de bains pour que les clients ne voient pas que c’est sale à mourir. Elle était déjà assisse, son visage caché dans l’ombre, et, comme toute bonne voyante, elle m’a lancé en me voyant : « Je t’attendais… »

La fameuse boule de cristal était sur la table, impatiente. Je me suis assis, j’ai glissé l’argent sous le nez de la sorcière, et je n’ai rien dit.

Après un certain temps (fallait bien qu’elle compte l’argent, vous savez), elle a déposé ses mains sur la boule de cristal et a commencé à faire des bruits bizarres. Dans la pénombre, j’ai vu ses yeux se révulser quelques fois, sa bouche tressauter, puis elle est redevenue calme.

Elle a dit, la voix grave : « Mon Dieu, je n’y crois pas… vous êtes Platon ! … »

Je me suis dit « Merde, pas elle aussi ! »

Elle a continué : « Platon est de retour ! Je vois que… vous aimez la philosophie. Et que dans un futur proche, vous serez un philosophe reconnu ! »

Je me suis dit, écœuré de cette histoire de Platon : « Je m’en vais, je change de pays, je me pars une autre vie. Et je change de nom aussi. »

Elle n’a rien dit d’autre puisque j’étais déjà parti.

J’ai foncé jusqu’à chez moi et j’ai vidé le contenu du flacon de somnifère. J’avais mal à la tête, je réfléchissais trop.

Le lendemain, en me levant, j’avais la bouche aussi pâteuse qu’après un lendemain de veille. J’ai fait mes petites affaires. J’avais des souvenirs très clairs de la vieille.

Le téléphone a sonné. J’ai répondu.

« Oui allô ? »

La voix a fait : « Salut mon beau philosophe ! Comment ça v… »

J’ai raccroché. Je ne voulais même pas savoir c’était qui.

Jérémi Robitaille-Brassard

~ par Jeremy .Z. sur 2 octobre 2007.

Une réponse to “Chronique de délires et stupidités”

  1. J’t'ai déjà fait mes commentaires là-dessus.. :) BORDEL t’as du taalent! Et encore plus dans des histoires drôles..

    Tu le lâches pas, ce blog-là, c’est clair?? J’aime trop te lire, fais-moi pu ça!!

    xoxx

Laisser un commentaire